CPE et capitalisme cognitif
Par Laurent GUERBY, dimanche 16 avril 2006 à 00:11:21 :: #61 :: rss
Une analyse plutot sociologique du CPE et je dirai "exaltée" de Yann Moulier Boutang intitulée Résistible New Deal en Europe. Sur la crise du CPE en France est disponible sur Multitudes. Quelques extraits (c'est long mais passionnant) :
[...] Le troisième prix payé par la victoire du capitalisme cognitif sur le plan de la précarisation de l’emploi est une socialisation sans précédent de l’activité et de l’emploi du même coup. En effet, cette activité pollinisatrice incessante n’est possible, là où elle fonctionne le mieux, qu’avec une prise en charge croissante par la société en général. Ces formes sont multiples. Citons en deux : Un enseignant est payé non sur la base de sa prestation horaire (ses heures de cours) car son salaire comprend la rémunération d’une partie de son activité de préparation de ses cours, de mise à niveau permanent. C’est le rôle de la fonction publique. Un intermittent qui va toucher en moyenne un revenu équivalent au professeur de lycée est payé moitié moins, mais son système d’indemnisation du chômage (à condition qu’il y ait droit) représente à peu près la moitié de son revenu, autant que son salaire. Il s’agit là de professions particulières dira-t-on . Mais que dire alors de cet autre chiffre : les emplois mis en place pour les jeunes (dispositifs particuliers et emplois sauvés) représentent la bagatelle de 50 milliards d’euros transférés aux entreprises et la moyenne de 19 500 euros par emploi . Le problème n’est pas de contester le principe de ce transfert, c’est-à-dire la socialisation croissante qui correspond en fait à la rémunération indirecte de la productivité globale que l’on peut de moins en moins bien imputer aux facteurs de production mise en œuvre de façon marchande, mais les modalités de ce transfert.
Actuellement cet argent va aux entreprises avec l’espoir des pouvoirs publics que ces dernières créeront des emplois stables. Mais le contexte de concurrence acharnée sur le plan international et national ou européen les pousse à traduire immédiatement ces subventions en avantage comparatif. Elles prennent l’argent et ne recréent pas des relations de long terme avec leurs employés. Pourquoi ? Parce que leur spécialisation au lieu de se porter sur les segments incorporant plus d’intelligence et d’innovation suit la pente de la facilité : distribuer des dividendes élevés aux actionnaires, ne pas construire des contraintes en revenant à un marché du moins disant (parfois pour tirer de ces opportunités de faire de l’argent rapidement des moyens de réaliser des opérations de rachat d’entreprises contenant de la matière grise ou de Start up contenant des réseaux nouveaux).
[...] Pour ceux qui ne croiraient pas au retour des working poors citons ce seul chiffre : à Paris 25 % des sans domicile fixe ont un travail régulier !!!
Si vous avez une occasion de voir une conférence avec Yann Moulier Boutang ne la ratez pas : c'est un conférencier très intéressant.
Pour l'anecdote de la dernière phrase, je me suis souvent posé des questions en voyant certaines voitures dont l'intérieur a l'air aménagé pour vivre dedans, cela me laisse à penser qu'il y a pas mal de travailleurs parisiens qui dorment dans leur voiture mais je n'ai jamais vu passer d'articles sur le sujet. Comme je l'ai noté, le manque de logements abordables n'est sans doute pas sans effet conséquents sur le marché du travail.



Commentaires
1. Le dimanche 16 avril 2006 à 19:56:03, par brigetoun
2. Le dimanche 16 avril 2006 à 19:59:10, par Laurent GUERBY
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